J'ai pris la route
combien de chemin, disait Dylan, un homme doit il parcourir avant de devenir un homme ? Le chemin est long du statut d'être debout à celui d'être humain... On peut se lever, on peut lever le poing, on peut marcher toute une vie sans jamais croiser ce qui nous fait exister. Certains croient l'avoir trouvé, priant un dieu ou un billet qui asservit, sans avoir voulu lever la tête, sans faire un pas, préférant s'accrocher à cette pieuse image plutôt que d'avancer. Toujours, toujours plus, toujours plus loin. Mais ou se trouve ton coeur, cher être à défaut d'être de chair ? Le chemin est à parcourir inlassablement, du matin au soir, la nuit pour au matin, face à la glace, observer son reflet et lui demander : est-ce moi ? Qu'ai-je fait de ce jour passé, que vais-je faire de ce jour à venir ? Suis-je enfin devenu un être de chair ou ne suis-je encore qu'un pantin ?...
Et le fil se tend, tirant vers le marionnettiste ce bout de bois sans âme.
Un matin, le fil s'est tendu et mon sang n'a fait qu'un tour... Du sang, un coeur qui bat, aurai-je changé ? Non, ce bras couvert d'échardes laissées par une journée de labeur, ce confort de la boite ou je m'enferme ne me font pas devenir plus homme. Et pourtant, pourtant, je tire sur ce fil puis sur l'autre. Le chevalet tombe. J'arrache ces cordes qui m'attachent encore au confort de mon maitre. Libre ! Et le coeur bat ! Oui, je le sent ! La douce fée apparait, mais ce n'est encore qu'une illusion ! Ses paroles sont fausses et sa magie n'a jamais transformé un pantin qu'en âne, ses mots ne sont que l'illusion de la liberté et l'image de cette face cathodique, la certitude de la servitude ! Je dois seul trouver ma propre humanité, je dois marcher, parcourir, trouver déjà cette force qui me fera avancer plus encore !
J'ai pris la route
J'ai croisé d'autres pantin errant, comme moi, certains presque homme, d'autres perdus, empêtrés dans les liens qu'ils n'avaient osé couper, prévoyant un possible retour vers leur boite déjà occupée par un autre bout de bois. J'ai aidé certains à se libérer, d'autres m'ont aidé à progresser quand le doute s'insinuait en moi. J'ai parcouru les mêmes routes que certains, main dans la main. Le chemin fut long avant qu'un jour je ne croise un miroir et ma surprise fut grande. Mes yeux brillaient, étonnés par ce qu'ils avaient découvert, par le monde qui ne s'arrêtait pas au couvercle de ma boite. Ma bouche s'étendait sous mon nez, souriante, articulant des mots que je n'aurais jamais imaginé dire avant « amour, paix, liberté, frère ». J'étais un homme et je me tenais debout. Je me suis retourné, ma boite était là, j'avais parcouru tant de chemin entre le pantin et l'homme mais je n'avais pas bougé d'à côté de ma boite. D'autres boites l'entourent. Que dois-je faire ? Tenter de devenir plus qu'un homme ? Prendre les chevalet épars et diriger ces pantins, devenir à mon tour leur maitre ? Arracher leurs liens de force ? Mais qu'est ce qu'être plus encore qu'un humain ? Avais-je envie de devenir inhumain à force de perfection, ou au contraire à force de vouloir contrôler ces pantins ?
Je me suis contenté d'ouvrir les couvercles, et souriant, j'ai simplement dis aux plus que bout de bois : « c'est si bon d'être un homme, si vous le voulez, je peux vous montrer le chemin ! » et j'accompagne ceux qui le veulent vers le commencement de leur route, ceux qui sentent déjà un coeur battre en eux. Je ne fais pas tout le chemin avec eux, je les aide juste à se débarrasser des chaines et à trouver le courage de continuer la route.
Et vous, voulez-vous que je vous montre le chemin ?
jeudi 10 avril 2008
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